Yoga chemin d enstase : Corps, énergie, vibration

3.b) Corps, énergie, vibration

Concrètement !

Je suis là, maintenant, assis sur cette natte qui m’a été offerte il y a quelques années maintenant.

Et comment avancer ?

Heureusement, je me rappelle les pratiques de Yoga de mon ancien maître.

Heureusement, je me souviens de quelques conseils et pistes dont il m’a gratifié pendant ces années de pratique. C’était ses propre mots, où ceux qu’il avait empruntés à de plus illustres que lui.

Alors, seul, pour la première fois, j’expérimente réellement.

C’est très différent, n’étant plus sous la direction ou la coupe d’un autre, aussi bienveillante fût-elle, je suis plus que jamais seul face à moi même, avec ce « Yoga » comme véhicule d’exploration de moi-même.

Alors inlassablement, sur ma natte : j’entreprends de donner à mon corps moult postures.

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage 1
ou comme l’aurait dit Eclair Cramh, le gardien du feu et mes ancêtres forgerons : « c’est en forgeant que l’on devient Forgeron !»
C’est donc le corps, mon corps physique, que j’essore dans cette torsion pour en extraire la quintessence, que j’étire dans cette extension, pour aller plus loin plus proche, sur lequel je prends appui pour trouver la force de continuer, que je fléchis pour ne pas oublier l’humilité, que je mets cul par dessus tête pour changer de paradigme, et avec lequel je cherche l’équilibre et l’harmonie, avant que de m’asseoir, enfin, comme m’y invite le sens étymologique d’Asana.

Alors au delà du culte du corps qui sied à notre société, à notre époque, Pranayamas et autres Angas, avant que de sentir enfin ce dont je me souviens :

Trois corps, cinq revêtements, telle est la représentation de l’être humain dans Vedânta, – l’un des six grands « points de vue » hindous sur la réalité.

Pour désigner le corps, le mot sanskrit utilisé est « sharîta » et pour parler des revêtements, c’est le mot « kosha » /…/

Partant de l’extérieur, nous rencontrons d’abord le corps physique (sthula sharîra), auquel correspond le revêtement fait de nourriture (annamaya kosha). Ce corps-là nous l’avons en commun avec tous les autres règnes : minéral, végétal, animal. /…/

A l’intérieur du corps physique, nous trouvons aussitôt après le corps subtil (sukshama sharîra), corps central, complexe, composé de trois revêtements : l’énergie, le mental, la connaissance.

Le revêtement fait d’energie (prânamaya kosha) renvoie à la notion de « prana » – si essentielle dans la vision cosmique de l’Inde et dans la pratique du Yoga – à la fois souffle, énergie et vitalité. Cette enveloppe, nous l’avons en commun avec les végétaux et les animaux. /…/

Le revêtement fait de mental (manomaya kosha), nous ne l’avons plus en commun qu’avec les animaux /…/

Le revêtement fait de connaissance (vijńanamaya kosha) est le plan de la connaissance (jńana) discriminante (vi), de la pensée objective, de la conscience, – contrastant avec les illusions du mental. C’est aussi le plan des sentiments, c’est à dire, du partage avec l’autre – par opposition aux émotions qui sont fondamentalement égoïstes. /…/

Troisième et dernier corps que nous abordons, le corps causal (karna sharîra). Pourquoi causal ? Parce que, si l’on part de l’âtman, du Soi, c’est le premier revêtement rencontré et, par conséquent, la cause de tous les autres.

A ce corps correspond la cinquième et dernière couche, le revêtement. Fait de béatitude (ânamaya kosha). C’est le plan qui correspond à la conscience libre, non affectée.2

Commencer à la longue à sentir enfin tout cela en moi, sans jamais être sûr que mon ressenti, n’est pas induit, par ce que j’ai appris précédemment.

Alors sentir l’énergie circuler au delà de mon corps physique, dans mes nadis, ces méridiens que je ne trouve pas et ne pourra peut-être jamais trouver cette science qui s’occupe plutôt du monde physique.

Il existe un nombre considérable de nâdi, mais, parmi elles, 72 ont une importance particulière. Celles qui jouent le rôle capital dans les techniques yogiques sont idâ, pingalâ et susumnâ ; elles débouchent respectivement dans la narine gauche, la narine droite et le brâhmarandhra (sutura frontalis). La description des nâdî est le plus souvent sommaire : les clichés, les formules stéréotypées abondent, et le « langage secret » dans lequel sont rédigés nombre de textes tantriques rend plus difficile encore la compréhension. Selon le HataYoga, chez les non-initiés, les nâdi sont devenus « impures » et sont « obstrués  ; il faut les « purifier » par la pratique Yoga (âsana, prânâyâma, etc.) L’îda et la pingala portent les deux « souffles » – prâna et l’apâna – mais aussi toute l’énergie subtile du corps. Quand à susumnâ, ce canal médian joue un rôle essentiel dans ce qu’on appelle le « réveil » de la kundalinî – l’énergie cosmique présente dans chaque être humain – est décrite sous la forme d’un serpent lové à la base de la colonne vertébrale, dans le mûlâdhâra-cakra (plexus sacroccygien). 3

Je sens parfois ce souffle-énergie (prâna) circuler en moi. Je le sens de plus en plus souvent au cours de ma pratique sur la natte. Et je l’ai souvent vu lors de mes expériences chamaniques, en particulier aidé par une ou l’autre des plantes maîtresses, plantes de connaissances, plantes enthéogènes. Comme beaucoup, j’ai alors vu, yeux grand ouverts, l’énergie circuler en moi. C’est magnifique, coloré, puissant, et subtil ! Je l’ai vu aussi circuler entre moi et les autres, mes proches, et tout ceux avec qui j’ai un lien, entre moi et le monde.

Dans l’initiation avec l’Ayahuasca4 on dit que si l’on a la vision du grand serpent qui nous avale, c’est bon signe. C’est que la plante nous a accepté, alors l’initiation, le voyage, peut commencer. Je crois y reconnaître, plus encore que l’image de la Kundalini qui se réveille, la direction proposée par Pratyāhāra (le retournement des sens, dans l’introspection) si important en Yoga.

Jeremy Narby5, va peut être plus loin, dans cette idée de l’introspection rendue possible grâce à ce breuvage. Quand on prend la plante et que les visions sont là, comme le rapporte la tradition, comme je peux en attester avec beaucoup d’autres qui ont vécu cette initiation, l’esprit de la plante, qui est une liane apparaît sous la forme d’un ou plusieurs grands serpents. C’est cet esprit-Serpent qui nous enseigne, comme il enseigne depuis longtemps les peuples premiers qui ont su élaborer cette pratique. Concernant l’exploration de notre propre corps, à des degrés de plus en plus subtils, pour Jeremy Narby, le double serpent lové que l’on rencontre bien souvent alors, n’est autre que la double spirale de l’ADN. Nous pouvons alors interagir avec elle, au niveau microscopique, holographique. Ce grand Esprit/Liane/Serpent/ADN peut aussi nous enseigner sur la connaissance de nous-même et sur la connaissance du monde vivant qui nous entoure. (l’ADN étant partout dans le monde vivant).

J’ai manifestement encore besoin de rassurer un peu mon intellect en faisant référence à des textes sacrés des temps anciens, des traditions, des livres fruits du travail d’auteurs respectables, ou des savants qui viennent corroborer mon ressenti, mon expérience personnelle, lui donner du sens. C’est aussi ce pragmatisme qui me permet d’avancer sereinement dans mon expérience.

Ainsi, j’ai été ravi et troublé de découvrir le travail de certains scientifiques comme Rupert Sheldrake6, qui postulent l’existence de champs morphiques ou morphogéniques qui se rapprocheraient de la définition des corps subtils, très proche de celles évoquées dans les textes sous formes de Kosha, et ressenti sur ma natte.

Energie, champ, vibration : le Yoga, le Chamanisme, la science et mon ressenti, s’ils ne parlent pas le même langage, semblent avec leurs mots, leurs approches différentes, dépeindre le même paysage, la même réalité. Et à force de creuser tous les sillons c’est à se demander qui percera le premier la porte de l’Un ?

Cheminer encore…

1 De L’Art poétique – poème de Nicolas Boileau (1674)

2 Extraits de « L’énergie : du physique au spirituel » ouvrage collectif – Cariscript – Paris. Texte de François Roux – p177-179

3 Patańjali et le Yoga. Mircea Elidae. Sagesses. Points. p156-157

4 L’ayahuasca est un breuvage à base de lianes consommé traditionnellement par les Chamans des tribus indiennes d’Amazonie

5 Jeremy Narby : Le Serpent cosmique : l’ADN et les origines du savoir, 1998.

6 Rupert Sheldrake, L’âme de la nature, Éditions Albin Michel, Espaces libres n°110, Paris 2001


Ce Chapitre est extrait du livre:
CHAMANISME, chemin d’extase.
YOGA, chemin d’enstase

Informations sur l’auteur :
Eric Marchal

* Chamanisme : les-forges-de-sylva.info
* Yoga : www.yoga-lyon.info
* Tantra :  www.savitur-tantra.fr
* www.eric-marchal.com

Informations sur la maison d’édition :
* www.sirr-athanor.com

Editions Sirr-Athanor
Collection « Collection Ichor : Spiritualités »
Auteur: Eric Marchal
Parution : mai 2016
Pages : 326 pages
Format : 16.5 x 23 cm
ISBN : 978-2-9557176-0-8

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